Blogue

Sur mon blogue, vous serez en mesure de découvrir mes aventures avec la faune sauvage du Québec. Je sortirai entre 1 et 2 articles par mois. N’oubliez pas de vous inscrire à l’infolettre pour ne rien manquer!

Impitoyables chasseurs

Beaucoup de gens sont fascinés par les strigidés (la grande famille des chouettes et des hiboux), et je n’y fais pas exception. L’une des raisons, selon moi, est que leurs yeux se situent devant la tête, plutôt que sur les côtés comme la majorité des oiseaux, ce qui leur donne quelque chose d’un peu humain. Je crois que d’une certaine manière, nous nous voyons en eux. Nous captons leur regard plus facilement et avons le sentiment qu’une connexion s’établit avec eux. Bien sûr, l’intérêt pour ces oiseaux vient aussi du fait qu’ils sont d’impitoyables chasseurs, grâce à leurs différentes adaptations hors du commun. Voici donc un survol de leurs principales particularités.

 

Une vue perçante

Cette Chouette lapone nous regarde, de dos, grâce à son incroyable capacité à tourner la tête à 270 degrés

Cette Chouette lapone nous regarde, de dos, grâce à son incroyable capacité à tourner la tête à 270 degrés

 Bien que quelques espèces soient actives tant le jour que la nuit, la majorité chasse principalement dans la noirceur. Bien entendu, la vue est un atout essentiel pour se protéger des prédateurs et pour la chasse. Les strigidés ont donc évolué pour avoir des yeux démesurément grands, qui leur permettent de capter énormément de lumière. Il semblerait que, proportionnellement, si nous avions des yeux aussi gros que les leurs, ils auraient la dimension d’oranges. En plus, les yeux sont reliés au crâne par une partie cartilagineuse qui fixe les yeux dans leurs orbites. Cette adaptation minimise les microvibrations, permettant ainsi d’avoir une vue beaucoup plus précise. Pour compenser, leur cou possède un nombre impressionnant de vertèbres, leur permettant de tourner la tête à 270 degrés. En comparaison, nous sommes capables de tourner la nôtre à 90 degrés.

 

Une ouïe fine et précise

L’oreille droite est plus haute que l’oreille gauche

L’oreille droite est plus haute que l’oreille gauche

 L’outil principal des chouettes et des hiboux pour la chasse est l’ouïe. Dans la noirceur, ce sens est un incontournable. Leurs oreilles se situent bien entendu de chaque côté de la tête, mais contrairement aux autres animaux, elles sont asymétriques. En effet, l’une des deux oreilles est plus hautes que l’autre. Cela leur permet d’entendre un son de deux manières différentes et d’évaluer avec précision la distance et l’emplacement d’une proie. C’est par le principe de triangulation que cette estimation est aussi précise : un « triangle » est formé par trois points, soit le son émis par la proie, le bruit entendu par l’oreille gauche et le bruit entendu par l’oreille droite. On obtient alors un son en « 3D ». C’est ce qui leur permet, par exemple, de capturer des proies sous une épaisse couche de neige, simplement en écoutant attentivement. Finalement, le disque facial agit comme une parabole qui amplifie les sons et guide les ondes en les concentrant vers les oreilles, qui sont situées à l’arrière des yeux.

 

En bref

Dans le cadre de ce blogue, je ne peux m’étendre en détails sur les adaptations des chouettes et des hiboux, car ce billet contiendrait certainement plusieurs pages! Donc, pour compléter, notons quelques adaptations en bref.

Les serres du Harfang sont recouvertes de plumes pour les protéger du froid

Les serres du Harfang sont recouvertes de plumes pour les protéger du froid

Leurs plumes sont particulières, puisqu’elles possèdent ce qui semblent être de petits « poils » sur les franges, qui leur permettent de voler totalement silencieusement. J’ai déjà eu la chance de tenir d’une main une plume de Pygargue à tête blanche et de l’autre une plume de Chouette lapone. En « battant des ailes » avec les deux plumes, j’ai pu constater que la différence est effectivement incroyable. Le pygargue produit un son qui permet de l’entendre arriver d’assez loin, alors que la chouette ne crée absolument aucun bruit.

Notons aussi les serres acérées et le bec crochu des strigidés. Les serres, caractéristiques de tous les rapaces tant diurnes que nocturnes, sont de véritables armes. Leurs longues griffes affilées permettent d’attraper les proies en plein vol tout en ne leur laissant aucune chance de s’échapper. Finalement, le bec recourbé, autre caractéristique commune à tous les rapaces, leur permettent de déchirer et d’ingérer la viande.

Voici donc une courte introduction sur les strigidés. J’espère avoir réussi à affûter vos connaissances sur ces oiseaux hors du commun, et n’hésitez surtout pas à m’écrire si vous avez des questions. Il me fera plaisir d’y répondre!

 

Une rareté au coin de ma rue

La première observation de la Chouette, alors que le soleil était déjà couche!

La première observation de la Chouette, alors que le soleil était déjà couche!

29 novembre 2018, les premières neiges sont déjà tombées depuis un moment. Comme à tous les jours, je prends le même chemin pour partir de chez moi le matin en voiture. Au fond d’un champ, j’aperçois une silhouette qui me rappelle vaguement celle d’une petite chouette mais je me dis « non, pas possible, pas ici » et je continue ma route en oubliant cette histoire … Le soir même, vers 15h, je reçois un courriel : une chouette épervière vient d’être observée exactement au même endroit. Je saute dans mes bottes et me retrouve sur place 5 minutes après. Elle est bien là, cette chouette que je n’avais observée qu’une seule fois, il y a presque 10 ans. Pratiquement au coin de ma rue! C’est extraordinaire. En novembre, les journées sont courtes, très courtes! Et à cette heure, il fait déjà pratiquement noir. Je n’aurai le temps que de prendre une seule image, d’assez loin, et sans lumière intéressante.

Après seulement 30 minutes, elle s’est posée tout près de moi!

Après seulement 30 minutes, elle s’est posée tout près de moi!

 Les 2-3 jours qui ont suivi, j’y ai passé des journées entières. Elle était très active et chassait toute la journée, capturant plusieurs proies de taille parfois surprenante! Comme elle se déplaçait beaucoup, j’ai pris le temps de l’observer quelques heures sans prendre de photo. Au bout d’un moment, j’ai réalisé qu’elle avait un « pattern ». Elle se perchait à 6 endroits différents, toujours dans le même ordre, avant de descendre et de disparaitre dans le bois au fond du champ. Je décide donc d’aller m’y installer, et de l’attendre. À ce moment je suis dans le bois, et je ne peux savoir ce qu’elle fait et où elle se trouve. Mais j’espère qu’elle ne changera pas ses habitudes. Il ne fallut pas plus de 30 minutes pour qu’elle surgisse d’entre les arbres depuis le champ, et qu’elle vienne se poser à quelques mètres de moi, presque à la hauteur de mes yeux! Wow!

 En fait, après plusieurs jours avec elle, j’ai compris qu’elle chassait et allait cacher ses proies dans de vieux chicots pour se faire des réserves. Ce n’est pas la première fois que je fais une observation du genre. Le harfang que j’avais suivi pendant un bon moment l’hiver dernier faisait pareil en enterrant certaines proies dans la neige, à la base de poteaux de clôtures.

 La nouvelle de sa présence a fini par se propager rapidement sur internet, et des gens de partout au Québec sont venus sur place pour l’observer. Il y a eu même à l’occasion des ornithologues et photographes de l’Ontario et des États-Unis. J’ai commencé à moins y aller, ça devenait moins agréable et plus difficile de faire des photos. Et disons que l’ambiance était soudainement différente …

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 Au final, j’ai eu la chance au cours d’une vingtaine de visites de faire des observations mémorables et des images que je ne pensais pas avoir cet hiver, surtout pas aussi près de chez moi! Elle est toujours présente, je la vois pratiquement tous les jours depuis la route, mais elle n’est plus accessible. Trop de gens sont passés, les propriétaires se sont tannés et ont fermé l’accès au terrain, ce que je comprends tout à fait. Et avec la quantité de monde qui est passée depuis mes trois premières journées, seul avec la chouette, c’est probablement mieux pour elle.

 Je n’oublierai jamais cette rareté qui aura passé l’hiver au coin de ma rue. Je fais habituellement beaucoup de route pour voir des oiseaux de ce genre, c’est vraiment une chance incroyable!

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L’aventure a débuté en 2003, alors que j’avais 11 ans. Comme chez la plupart des gens, il y avait des mangeoires en arrière de chez mes parents. Je me plaisais à regarder de temps en temps les Geai bleus, Cardinaux et Mésange à tête noire qui venaient se nourrir. Un jour, en plein hiver, sur un bloc de suif, apparaît un oiseau qui m’était complètement inconnu. J’ai pris l’appareil photo de mon père pour la photographier. Vous vous souvenez des premiers numériques? On est en 2003, c’est une technologie encore très nouvelle. Une longue attente de 15-20 secondes entre chaque image, 3 ou 4 mégapixels. C’était une autre époque!

Ma toute première photo d'oiseau, une Mésange bicolore, en 2003 

Ma toute première photo d'oiseau, une Mésange bicolore, en 2003 

Bref, je fini par trouver sur internet  (pareil, souvenez-vous de l’internet en 2003…) un regroupement, la SLOE (Société de Loisirs Ornithologique de l’Estrie). J’y envoie ma photo dans l’espoir que quelqu’un soit en mesure de l’identifier. Le lendemain, plusieurs réponses, c’est une Mésange bicolore! Un oiseau rare pour la région à l’époque. Plusieurs ornithologues se sont mis à venir chez mes parents pour observer les deux individus qui ont passé l’hiver sur place. Ça a piqué ma curiosité! J’ai réalisé qu’il y avait un monde fascinant en l’ornithologie. Tranquillement, je commençais à m’intéresser un peu plus aux oiseaux qui passaient.

2 ans plus tard, au secondaire, je fais la rencontre de Stéphane Boulay, mon prof d’écologie. Un passionné d’oiseau! Dès le début de l’année, il organise une sortie à Baie du Febvre pour aller y observer les canards et les oies. Ça y’est, j’étais vendu! Je commençais donc à sortir les fins de semaine pour observer et tenter d’identifier le plus d’oiseaux possible avec toujours le même appareil, des jumelles et mon gros guide d’identification, qui était encore en papier dans le temps!

Lors d’une de mes sorties au Marais St-François, j’ai vu une publicité « Serge Beaudette, initiation à l’ornithologie. Quelques semaines plus tard je débutais ces cours avec celui qui deviendra mon mentor! Avec le temps, je me suis intéressé de plus en plus à la photo, jusqu’à me mener où j’en suis aujourd’hui!

L’été dernier, j’ai réalisé que je n’avais jamais photographié de Mésange Bicolore depuis cette fameuse journée d’hiver en 2003. Je suis donc retourné chez mes parents, qui demeurent toujours au même endroit, pour tenter de leur tirer le portrait.  On voit tout de même qu’il y a eu une bonne amélioration du côté de la technique!! Cet oiseau restera toujours important pour moi, puisque c’est lui qui m’a permis de découvrir ce qui me rend le plus heureux dans la vie, la photo animalière.

En cliquant sur l'image ci-dessous, vous pourrez voir d'autres photos défiler de ce merveilleux oiseau!

À très bientôt pour la suite! :-)